Je viens de contracter une maladie de la tristesse : la pneumonie. Mes bronches ne supportent plus l’air, je ne laisse plus rien entrer en moi, pas même les rires de Maxime, mon fils qui vient de fêter ses six ans. Il est une petite bouée qui me permet de sortir la tête hors de mon quotidien où l’ennui est venu s’infiltrer de toutes parts. Au contact de Ray, je me dévitalise. Je ne supporte plus les longues nuits l’attendre, les longues heures à m’occuper de son bien-être. Il s’accroche à mes seins comme un coquillage s’accroche au rocher, il s’accroche à ma vie comme si la sienne dépendait des bons soins que je peux lui prodiguer. Pour honorer mon rôle de nourrice – quelle insupportable confusion entre nous – je m’exécute à l’acte conjugal en prenant soin d’observer une grande pudeur dans mon désir, ce qui, sans que je m’en rende compte, creuse un peu plus d’espace entre nous. Lui n’a en tête que de me prendre, pas de me comprendre. De mon côté, je me fige dans la croyance qu’une femme « chaude » est une femme vulgaire. Une putain ! Je suis chaude, oui, mais maternellement. Mon honneur est sauf, mais cette chaleur mal placée, je sens bien que nous la confondons chacun avec l’amour, et qu’elle est notre pire création, notre poison intime, ce mal sournois qui, aujourd’hui, pèse sur mes poumons au point de m’empêcher de respirer librement.